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Travailleuses de l’aide à domicile : Le sous prolétariat du 21ème siècle

1er février 2019

Plus de 2 heures d’échanges avec des auxiliaires de vie sociale de l’ASD 80 SAINT OUEN mettent en lumière des conditions de travail d’un autre temps. Donner la parole à ces salariées de l’invisible constitue pour la CFDT une urgence.

Le rôle social et humain joué par les auxiliaires de vie sociale est essentiel dans notre société. Aider et assister au quotidien des personnes âgées ayant perdu leur autonomie constitue une mission noble. Et pourtant, la vision des intéressées sur leurs conditions de travail et ce qu’elles en décrivent est proprement hallucinant.
Quand corvéable rime avec redevable…

Les auxiliaires de vie sociale sont pratiquement toutes des salariées à temps partiel contraint. L’une des multiples difficultés auxquelles elles sont confrontées est de devoir être toujours disponibles quand l’employeur a besoin d’elles. La hantise du téléphone qui sonne quand elles sont en repos est révélatrice. Jamais elles ne sont tranquilles. Et pas question de refuser d’intervenir, on leur rappelle gentiment qu’elles sont « redevables » à l’association car l’employeur s’arrange pour leur élaborer un planning où les heures programmées sont inférieures à ce que prévoit leur contrat.
Paradoxalement l’ASD 80 SAINT OUEN a recruté récemment 6 auxiliaires à domicile en CDD alors même que celles déjà en place ne remplissent pas leur quota d’heures…Surprenant !

Un travail pénible et peu reconnu

Prendre en charge des personnes âgées, parfois grabataires, dans un temps contraint et seul, tel est le quotidien des auxiliaires de vie sociale. S’occuper seul d’une personne là où il faudrait être deux oblige à se dépasser en permanence, au risque de se faire mal ou…de faire mal à la personne. L’inadaptation des moyens provoque chez les auxiliaires des accidents, les problèmes de dos et d’épaules sont fréquents.
Elles doivent trouver elle mêmes les solutions pour accomplir correctement ce que l’on attend d’elles. C’est ainsi que certaines ont développé une forme de bénévolat solidaire : celle qui est en repos va aider sa collègue à mobiliser les personnes les plus lourdes, à charge de revanche… Dans quel autre secteur accepterait-on cette réalité ?

Et qu’elles n’en attendent surtout pas de reconnaissance, ni de valorisation de la part de la hiérarchie. Les mots qu’elles utilisent pour traduire la façon dont elles se sentent perçues sont terribles et traduisent un réel désarroi… « On nous prend pour des moins que rien, on ne nous respecte pas… nous étions fières de notre travail, maintenant nous avons honte… » Les termes de souffrance psychologique, de maltraitance reviennent sans cesse dans les échanges…

L’accueil parfois réservé dans certaines familles où elles interviennent n’est pas en reste. Insultes, crachats…et ne rien dire parce que de toute façon ça ne servirait à rien…

Une santé qui n’intéresse pas grand monde…

Le secteur du maintien à domicile, tout au moins à l’ASD 80 SAINT OUEN, semble totalement en dehors du droit du travail. Certaines n’ont vu le médecin du travail qu’une fois en 14 ans… Des vaccins qui ne sont pas à jour, un comble pour ces travailleuses confrontées au quotidien à la maladie et qui ont un travail très dur physiquement, où l’organisme est malmené et où les arrêts de travail sont très fréquents…Quand elles vous disent que personne ne s’intéresse à elles, on comprend mieux pourquoi…

Une administration de plus en plus lointaine

Les fréquents changements de planning à la dernière minute empiètent allègrement sur leur vie privée et sont malheureusement le plus souvent liés à une inorganisation administrative, davantage qu’à des contraintes liées aux personnes prises en charge. Quand on ajoute à cela les plannings communiqués à la dernière minute, les empêchant d’organiser leur vie familiale et sociale…

Dernier exemple en date d’un fossé qui se creuse de jour en jour entre les services administratifs et les auxiliaires, un SMS adressé à chacune d’elles pour les informer qu’il n’y aurait désormais plus d’échanges préalables à l’élaboration des plannings. Ce temps de concertation était pourtant important pour organiser le travail du mois et la cohérence entre les lieux d’intervention, les lieux de résidence et l’articulation entre les différentes interventions.

Les auxiliaires se plaignent de vacations programmées avec des temps d’attente beaucoup trop longs entre deux interventions, d’où une perte de temps conséquente qui empiète encore et toujours sur la vie privée.

Sans parler des déplacements effectués pour rien parce que la personne est hospitalisée mais que l’administration n’a prévenu personne… Au prix de l’essence, au-delà du temps, c’est de l’argent perdu…

La coupe est pleine…

Il arrive un moment où trop c’est trop et où il faut dire STOP ! C’est le message délivré par les auxiliaires de vie sociale de l’ASD 80 SAINT OUEN qui ont mandaté leurs représentantes pour rencontrer l’employeur en présence de la CFDT et pour mettre les choses à plat.

Ce qui est particulièrement révélateur de leur état d’esprit, c’est le contenu de leurs revendications. Être écoutées, être reconnues, être entendues ; Elles veulent que tout le monde sache ce qu’elles vivent au quotidien et que l’image qui a pu être donnée de leur association dans le Courrier Picard du 11 janvier dernier est bien loin de leur réalité professionnelle. Elles ne demandent pas d’argent (elles pourraient pourtant), elles veulent être RESPECTEES !

L’engagement de la CFDT est de les y aider et de les soutenir dans leur combat pour faire valoir non seulement leurs droits mais également le respect de leur personne.

Pour télécharger le tract :

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